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 La dégradation de la qualité de l’eau de la nappe phréatique rhénane alsacienne devient cruciale dans certains secteurs. Depuis les années 1970, on assiste à une augmentation constante des concentrations en nitrates dans les eaux souterraines alsaciennes. L’évolution de la qualité des eaux souterraines est fortement liée à tous les types de cultures pratiquées et à leur conduite. Dans un bassin versant alsacien, la partie supérieure, située sur le piémont vosgien constitue une zone privilégiée pour la recharge des nappes souterraines ; or, elle est souvent occupée par le vignoble qui peut ainsi contribuer à la concentration en nitrate des eaux de nappe. Ce vignoble qui s’étend sur 15 000 ha est un milieu aux caractéristiques particulières : un parcellaire morcelé, une pente parfois importante (supérieure à 10 %), une culture en rang pérenne et souvent associée à un enherbement, des petits bassins versants secs sans écoulement permanent, la présence de nombreux chemins et des itinéraires techniques variables forment des conditions favorables à des phénomènes hydrologiques propres, en particulier lors des événements pluvieux intenses. Parmi ces spécificités, nous nous intéressons à la technique d’entretien du sol qui consiste à enherber les inter rangs de vigne : placé tous les inter rangs ou un inter rang sur deux, l’enherbement présente de nombreux avantages dont celui de retenir la pollution nitratée plus particulièrement en période hivernale (rôle de piège à nitrate) comme cela a déjà été montré (Amberger, 1983 ; Ballif, 1994 ; Juergens-Geschwind, 1989).

2Les objectifs des recherches menées dans le cadre du projet EVA (Enherbement du Vignoble Alsacien) portent sur la détermination, la hiérarchisation et l’évaluation des impacts de cette pratique en comparant les flux hydriques et azotés sous zone racinaire à partir des mesures de terrain réalisées sur deux parcelles, l’une désherbée, l’autre enherbée un rang sur deux. Les résultats acquis intéressent deux campagnes de mesures (1999-2000) calées sur les saisons culturales.

3L’itinéraire technique choisi et adopté en vignoble alsacien depuis 1975 réside dans l’association de deux plantes au cycle végétatif décalé et aux explorations racinaires différentes : 25 à 40 cm pour l’herbe (graminées, fétuques), jusqu’à 3 m pour la vigne (Vitis Vinifera). À l’origine, la fonction de l’enherbement était de limiter les risques d’érosion des sols et plus particulièrement ceux dus au ruissellement. Aujourd’hui, l’enherbement est également considéré comme un moyen de lutte contre la pollution par les nitrates et ce travail du sol est bien introduit dans les pratiques des viticulteurs. Une étude réalisée sur le vignoble haut rhinois et bas rhinois, par télédétection (Image SPOT multispectrale, pixel de 10 m × 10 m), a quantifié le taux d’enherbement du vignoble alsacien. Celui-ci a progressé en moyenne de 10 % sur les deux départements entre 1995 et 1999 (dates clés des opérations FERTI-MIEUX « Piémont eau et terroirs » et « Collines eau et terroirs »). En tenant compte des facteurs limitants (stress hydriques, pédologie, …) qui interdisent la mise en place d’un enherbement même un rang sur deux, 13 % de la surface totale du vignoble restent potentiellement « enherbable ». Certaines communes telles que Bernarviller, Molsheim, Mutzig, Nordheim ou Nothalten ont vu le taux d’enherbement de leur vignoble augmenter de plus de 20 % sur 4 ans.

4Afin de quantifier le fonctionnement global de l’association culturale étudiée, il est nécessaire d’identifier le partage des ressources du milieu entre les deux types de plante. La vigne est prise pour la culture dominante dont la dormance se situe de novembre à mars et l’herbe est considérée comme plante associée de couverture maximale en automne/hiver et dont la gestion maîtrisée est pluri-annuelle.

5Notons que la vigne reste peu étudiée par rapport aux grandes cultures céréalières et l’est souvent dans une perspective physiologique comme le présentent différents auteurs dans les vignobles d’Anjou (Morlat, 1987), dans le bordelais (Pouget, 1984), dans le sud (Trambouze et al., 1998 ; Igounet, 1997), en région champenoise (Ballif, 1999) ou bien encore en vignoble alsacien (Sossi, 1993). En dehors des études sur les interactions sur la santé de la vigne (Cazet, 1997 ; Lebon, 1993 ; Morlat, 1987 ; Moulis, 1994) et sur une prise en compte dans la lutte contre l’érosion hydrique des sols cultivés (Léonard, 2003), l’association vigne/herbe ne fait alors l’objet que de peu de publications dans une démarche environnementale quantitative.


  

L’herbe serait-elle l’amie de la vigne ? Jean-Pierre PRADIER, conseiller viticole de la Chambre d’agriculture de Gironde et Jacques Rousseau, de l’Institut Coopératif du Vin ont expliqué, lors d’une réunion d’information organisée par la Chambre d’Agriculture du Tarn consacrée à l’entretien des sols viticoles, l’intérêt d’enherber son vignoble, à certaines conditions…

" Nous sommes aujourd’hui à une phase tournante de la viticulture ", annonce Jean-Pierre PRADIER, conseiller viticole de la Chambre d’agriculture de Gironde, invité de la Chambre d’Agriculture du Tarn à Gaillac, le mois dernier. " Il y a 40 ans, les vignes étaient parfois badigeonnées avec du cuivre. Les labours très profonds détruisaient les racines, l’état sanitaire des porte-greffes était mauvais, du coup la vigueur des vignes était nettement plus faible qu’aujourd’hui. Actuellement, la sélection clonale a fait d’énormes progrès, les engrais sont beaucoup plus efficaces et les porte-greffes sont sains. D’autre part, la demande de vins de qualité se fait toujours plus forte. Il faut donc trouver des solutions pour faire baisser les rendements et quitter la vigueur des vignes. L’enherbement, qu’il soit permanent avec le semis de variétés d’herbes adaptées ou naturel avec un contrôle au girobroyeur et le désherbage régulier du cavaillon, constitue une solution ".

Le sol : organisme vivant

Pourquoi enherber ? D’abord pour une meilleure utilisation du sol, trop longtemps considéré comme un outil de travail alors qu’il s’agit d’un véritable organisme vivant, doté d’une structure complexe, d’une vie propre et d’un rôle fondamental pour le développement des végétaux et des animaux.

Jacques Rousseau, de l’Institut Coopératif du Vin, a étudié l’importance de la matière organique dans le sol et l’influence des modes d’entretien agricoles sur le sol. " La fraction vivante du sol, les champignons, les bactéries, les insectes, les vers (lombriciens), etc., sont responsables de la dégradation de la matière organique et de la formation de l’humus. Or l’humus retient l’eau et les éléments fertilisants qu’il restitue progressivement aux plantes lorsque ils font défaut dans le sol. L’humus est également responsable de la porosité du sol qui favorise la circulation de l’eau. Le rôle de la matière organique est donc fondamental pour la vigne. Or des expériences menées dans différentes régions de France montrent que l’enherbement des parcelles, comparé au travail du sol et au désherbage chimique, contribue à maintenir un taux de matière organique satisfaisant dans le sol ".

L’enherbement permet également d’éviter la compaction du sol après le passage du tracteur. Or les semelles de labour freinent la croissance racinaire et la circulation de l’eau et de l’air dans le sol. " Un enherbement hivernal peut effacer progressivement les zones de compaction ".

Jean-Pierre PRADIER rappelle : " Attention, tous les sols ne méritent pas d’être enherbés et il existe des inconvénients. Certaines herbes sont très agressives pour la vigne. Sur sol humide, le semis d’herbe nécessite des précautions car les vignes installent des racines à faible profondeur ; du coup, la concurrence entre vigne et herbe est très forte. Ce sont les bons sols viticoles qu’il faut enherber ". Mais si l’enherbement est fait dans de bonnes conditions, il présente de nombreux avantages. " Des expériences montrent que la quantité de bois de taille diminue sensiblement lorsque les parcelles sont enherbées, ce qui facilite le travail des tailleurs en hiver. La fréquence de grappes atteintes par le Botrytis dans les parcelles enherbées baisse. Et les indices IPT (polyphénols et tanins) et IC (substances colorantes) ainsi que le degré alcoolique s’améliorent avec la diminution des rendements. Autant de raisons qui expliquent le développement de ces pratiques dans le vignoble français ".

  

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